L'illusion des bunkers : ce que le Coran répond aux ultra-riches qui veulent fuir la mort
Cités souterraines, îles privées, jets prêts à décoller… Des milliards sont dépensés pour échapper à la fin. Quatre versets décrivent cette course avec une précision troublante.

Guerres, menace nucléaire, pandémies, crainte d'une intelligence artificielle incontrôlable : notre époque vit avec un sentiment diffus de fin du monde. Et une tendance prend de l'ampleur, celle des « preppers », ceux qui se préparent au pire.
Cet article s'inspire d'une réflexion du Dr Muhammad Al-Mubayyid, intitulée Les plans pour fuir la mort… réussiront-ils ? Une question simple, et une réponse que le Coran donne depuis quatorze siècles.
Bunkers de luxe : la nouvelle course des ultra-riches
Certains États se préparent depuis longtemps. La Suisse impose par la loi des places d'abri pour sa population, et Helsinki a creusé sous ses rues un vaste réseau de refuges. Mais la nouveauté vient d'ailleurs : de la haute élite financière et technologique.
La presse a largement rapporté le domaine de Mark Zuckerberg sur l'île de Kauai, à Hawaï, avec son abri souterrain (lui-même parle d'un « petit abri »). Peter Thiel a acquis des terres en Nouvelle-Zélande. Sam Altman a confié en 2016 disposer d'armes, d'or, de masques à gaz et d'un terrain isolé où se réfugier. Ailleurs, on vend des abris de luxe avec fermes hydroponiques, énergie autonome et filtration d'air dernier cri.
Et pourtant, l'angoisse demeure. L'essayiste Douglas Rushkoff raconte avoir été invité par de très riches investisseurs qui lui posaient surtout une question : comment garder le contrôle de nos gardes de sécurité quand l'argent ne vaudra plus rien ? Des milliards dépensés pour la sécurité, et aucune sérénité.
« Les plus attachés à la vie »
Le Coran décrit un trait humain que l'on retrouve dans toutes les époques : l'attachement démesuré à la vie d'ici-bas.
« Et tu les trouveras certes les plus attachés à la vie… Tel d'entre eux aimerait vivre mille ans. Mais une longue vie ne l'écarterait pas du châtiment. Et Allah voit parfaitement ce qu'ils font. » (Al-Baqara, 2:96)
Le verset vise d'abord un groupe précis au temps de la révélation, mais il décrit une psychologie universelle. Aujourd'hui, elle porte d'autres noms : laboratoires de « longévité radicale », projets pour « vaincre le vieillissement », cryogénisation. Le rêve des « mille ans » n'a jamais été aussi bien financé.
La leçon du verset n'est pas que la santé ou la recherche sont mauvaises. C'est que prolonger la vie ne règle pas la question de ce qu'on en fait.
Des forteresses élevées… ou enterrées
Bâtir des murs infranchissables contre la mort n'a rien de nouveau. Le Coran répond directement à ce réflexe :
« Où que vous soyez, la mort vous atteindra, fûssiez-vous dans des tours fortifiées. » (An-Nisâ', 4:78)
Les burûj mushayyada d'hier étaient des tours dressées vers le ciel ; celles d'aujourd'hui sont des dalles de béton enfouies sous terre. La direction a changé, l'illusion est la même. L'ange de la mort n'a besoin ni de code d'accès, ni de passer les filtres à air.
Le Coran va plus loin encore, après la bataille d'Uhud, face à ceux qui disaient « si nous étions restés chez nous… » :
« Dis : "Même si vous étiez restés dans vos maisons, ceux pour qui la mort était écrite seraient sortis vers les lieux où ils devaient tomber." » (Âl 'Imrân, 3:154)
La mort ne vous rattrape pas : elle vous attend
Un verset retient particulièrement l'attention :
« Dis : "La mort que vous fuyez va certes vous rencontrer." » (Al-Jumu'a, 62:8)
Le texte ne dit pas « elle vous rattrapera », comme un poursuivant derrière vous. Il dit fa-innahu mulâqîkum : elle viendra à votre rencontre, devant vous. Le lieu vers lequel on s'enfuit en jet privé peut être précisément celui du rendez-vous. « Nul ne sait sur quelle terre il mourra », rappelle le Coran (Luqmân, 31:34).
Les livres de exégèse rapportent un récit à ce sujet : un homme, effrayé par le regard de l'ange de la mort, demanda au prophète Salomon de le faire transporter par le vent jusqu'en Inde. L'ange expliqua ensuite son étonnement : il avait reçu l'ordre de prendre l'âme de cet homme en Inde, et le trouvait encore en Palestine. La fuite était le chemin vers le rendez-vous.
Et le refuge lui-même peut devenir le piège : une panne d'aération, un séisme qui bloque l'unique issue, une trahison interne, et l'abri de luxe se transforme en tombeau scellé.
Piégés par leur propre ingéniosité
Il y a une ironie profonde dans cette course : une grande partie des peurs de cette élite vient de ce qu'elle a elle-même créé ou financé. Intelligence artificielle débridée, armements, crises économiques, dérèglement de la planète. Le Coran décrit cette mécanique :
« Ainsi avons-Nous placé dans chaque cité de grands criminels qui y ourdissent leurs ruses. Mais ils ne rusent que contre eux-mêmes, sans s'en rendre compte. » (Al-An'âm, 6:123)
La quête de contrôle absolu finit par produire la peur absolue. On construit le danger, puis on creuse pour s'en protéger.
La vraie préparation : attacher son chameau et et placer sa confiance en Allah
L'islam n'interdit pas la prudence. Noé a construit l'arche avant le déluge, Joseph a organisé sept années de réserves avant la famine. Et le Prophète ﷺ a dit à l'homme qui laissait son chameau sans l'attacher : « Attache-le, et place ta confiance en Allah » (Tirmidhî).
La différence est là : la précaution est un moyen, jamais un refuge. Le croyant prend ses dispositions, puis remet son cœur à Allah. Celui qui place toute sa sécurité dans le béton reste prisonnier de sa peur, même à trente mètres sous terre.
Concrètement, se préparer, c'est :
- Raffermir sa foi (îmân), qui donne un sens à la vie comme à la mort.
- Pratiquer le tawakkul : agir avec sérieux, puis lâcher prise sur le résultat.
- Réformer son comportement au quotidien : réparer ses liens, rendre ce qu'on doit, demander pardon.
- Investir dans ce qui demeure : l'aumône continue, un savoir utile, un enfant vertueux qui prie en sa faveur. Le Prophète Mohamed Paix et Bénédictions soient sur Lui a dit « Lorsque la personne meurt, ses œuvres s’interrompent, sauf dans trois cas : une aumône continue, une science dont les gens tirent profit, et un enfant vertueux qui invoque Allah en sa faveur. »
— Rapporté par Abou Hourayra, Sahih Muslim, hadith n° 1631.
Les bunkers les plus sophistiqués ne protègent pas de la seule rencontre inévitable. La seule question qui compte n'est pas où elle aura lieu, mais dans quel état elle nous trouvera.
À propos de l'autrice / de l'auteur

Abderrazak Memmiche
Après un long parcours dans le monde de l’hôtellerie de luxe, j’ai choisi aujourd’hui de me consacrer à l’essentiel. Animé par une profonde quête spirituelle, je partage à travers ce blog des réflexions et des écrits inspirés par l’islam, afin de faire redécouvrir son message authentique : un message de paix, de sagesse et de lumière, loin des déformations et des discours haineux. Mon objectif est simple : transmettre une parole sincère, accessible et fidèle aux valeurs véritables de l’islam.
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